Disparition de Robert Lacaze, physicien théoricien

Hommage

L’Institut de physique du CNRS (INP) a appris avec tristesse la nouvelle du décès en mai dernier de Robert Lacaze, physicien théoricien et directeur de recherche CNRS.

Robert Lacaze a effectué l’essentiel de sa carrière au sein du SPhT (service de physique théorique) du CEA Saclay, au sein duquel il a été affecté en 1977, devenu depuis l’IPHT (Institut de Physique Théorique), unité mixte de recherche CNRS/CEA. Ses recherches en physique théorique ont couvert un large spectre thématique, de la physique des particules à la matière condensée, en recourant notamment aux simulations numériques, à une époque où la physique par l’ordinateur n’en était qu’à ses débuts et loin d’avoir la popularité qu’elle a aujourd’hui.

Dès le début de sa carrière, Robert Lacaze s’est intéressé à l’étude de l’interaction forte entre hadrons, une famille de particules dont font partie les protons et neutrons, constituants des noyaux atomiques. Suite à l'avènement de la chromodynamique quantique (QCD), il a utilisé cette théorie qui décrit l'interaction forte en terme de quarks et de gluons, pour expliquer les désintégrations du charmonium nouvellement découvert, puis pour décrire, dans des travaux pionniers, la distribution de quarks et de gluons au sein de hadrons, dans des processus étudiés auprès de collisionneurs. Avec des collègues de Saclay, il a figuré parmi les tous premiers physiciens au monde à entreprendre des simulations de la QCD sur réseau. Cette formulation permet de décrire numériquement une foultitude de phénomènes importants pour la compréhension de notre univers et de ses interactions fondamentales. Ses travaux ont ainsi contribué à ouvrir la voie à un domaine qui est aujourd’hui en plein essor. Avec ses collaborateurs, il a initié l’organisation annuelle de la conférence dédiée au domaine, l’«International Symposium on Lattice Field Theory », qui en est à sa 38ème édition cette année.

Au-delà de ses recherches sur l’interaction forte, Robert Lacaze, physicien ouvert et curieux, s’est consacré au début des années 1990, à la physique de basse énergie : il s’est intéressé, numériquement, au problème de la transition de phase de modèles paradigmatiques de la physique statistique. Ses travaux en matière condensée sur la phase dite « de Haldane », phase exotique des unidimensionnels quantiques qui figurait dans les travaux récompensés par le prix Nobel de Physique 2016, ont été importants, notamment pour l’observation de cette phase dans les expériences de diffusion inélastique de neutrons sur des composés magnétiques unidimensionnels. Physicien reconnu, apprécié pour son accessibilité, Robert Lacaze a ainsi œuvré pour une meilleure compréhension théorique des mystères de l’infiniment petit et au développement de l’outil numérique comme nouvelle approche du physicien pour étudier la matière et sa complexité.

L’Institut de physique du CNRS adresse ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

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